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Covid-19 : le spectacle vivant dans tous ses états !

À retrouver dans l'émission Grand Reportage

par Aurélie Kieffer, Lise Verbeke et Benoît Grossin

Comédiens, auteurs, metteurs en scène, musiciens, circassiens... les acteurs du spectacle vivant, frappé de plein fouet par la crise du Covid-19, se préparent à la réouverture des lieux culturels. Coup de projecteur sur leur diversité et leur détermination à réinventer le rapport au public.

La réouverture à partir du 19 mai des lieux culturels, promise par le chef de l'État Emmanuel Macron, est attendue avec autant d'impatience que d'inquiétude par le monde du spectacle vivant, fortement meurtri par la crise du Covid-19.

Comment cette longue période d'arrêt a-t-elle été vécue, selon les structures ? Comment se réinventer ? Comment se relancer, dans un contexte toujours aussi tendu, tant au plan sanitaire qu'économique ? Alors que le mouvement d'occupation des théâtres, entamé le 4 mars, se poursuit dans plus d'une centaine d'établissements partout en France, la question d'une prolongation de l'année blanche pour les intermittents n'est toujours pas réglée et la réforme de l'assurance chômage, fortement contestée par les artistes, doit entrer en vigueur le 1er juillet.

 

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Image Boxig - Benoît Grossin (France Cu

A proximité de l’aéroport d’Orly, à Villeneuve-Saint-Georges, une ville populaire au Sud-est de Paris, la compagnie Isabelle Starkier, en résidence au théâtre municipal, multiplie les initiatives depuis le début de la pandémie, pour conserver et renouveler aussi le contact avec le public. 

Un spectacle, Boxing Shadows, écrit par un de ses auteurs, le dramaturge australien Timothy Daly, sera joué dans un square et peut-aussi dans des cours d’HLM, au mois de juillet, au Festival Off d’Avignon.

Pour la répétition d’une scène avec une chanteuse lyrique et une comédienne, c’est justement dans une cour d’immeuble que la metteuse en scène et directrice de la compagnie, Isabelle Starkier, installe le décor, en forme de ring, en quelques minutes : 

« Un décor minimaliste pour pouvoir jouer partout, travailler l'imaginaire. Et je pense que ce qu'on vient chercher au théâtre, c'est ça, c'est à être des "spect'acteurs". Parce qu'on joue avec les comédiens, d'autant plus aujourd'hui ! Et je pense que cette interaction que crée justement le théâtre, il faut la retrouver à tout prix »

Et pour Isabelle Starkier, "en rue, dans des lieux qui ne sont pas théâtraux, cette interactivité est beaucoup plus forte. On demande aux spectateurs à partir de trois bouts de tapis rouge, de deux cordes de ring et de trois piliers en ferraille, d'imaginer qu'ils sont chez quelqu'un, dans un ring, dans une rencontre entre deux personnages, venus de nulle part".

Cette rencontre oppose Cathy, chanteuse lyrique vêtue d'un peignoir de boxe rouge, à Clara qui dialogue avec elle, en répondant par des mots à ses paroles chantées. Clara, jeune comédienne âgée de 24 ans, a conscience de la plus grande difficulté aujourd'hui de faire son métier : 

«Oui, c'est compliqué parce qu'avec tout ce qui se passe, le Covid, plus de salle de théâtre où jouer, les castings sont compliqués à repérer. Mais c'est vrai qu'avec la compagnie Isabelle Starkier, on a la chance de pouvoir continuer quand même à travailler. Enfin moi, à mon âge, je suis vraiment celle de mes amis qui joue le plus aujourd'hui et je suis vraiment heureuse d'avoir cette chance-là. C'est ma famille, cette compagnie. J'ai appris à finir de me former avec eux. Surtout sur Boxing Shadows. C'est la première fois qu'on m'a confié un aussi gros rôle.»

A l'avenir, Clara espère pouvoir réussir à faire du théâtre partout, "à aller peut être plus loin que ce qu'on faisait avant, ne pas aller juste dans les salles et pour les personnes de plus de 90 ans, en déambulateur... qu'on va réussir à aller dans les quartiers qui vont moins au théâtre, à aller partout, dans les écoles ou même dans les prisons, de bouger plus peut-être, "grâce" à ce Covid qui nous empêche d'avoir un lieu fixe". 

Une nécessité vitale de retourner dans tous les lieux, de retrouver d'autres formes"

Et le slogan de la compagnie qui n’est pas subventionnée, souligne Isabelle Starkier, c’est le théâtre partout et pour tous, "plus que jamais, en temps de pandémie. Je pense que la pandémie a révélé une véritable crise qui était que le théâtre était à l'intérieur et entre soi. On est donc maintenant dans une obligation, une nécessité vitale - le théâtre est une nécessité vitale - de retourner dans tous les lieux, de retrouver d'autres formes". 

Les cours d'immeubles, les marchés, les endroits insolites sont des lieux qu'elle découvre comme étant théâtraux et fédérateurs : 

«Quand les gens ouvrent leurs fenêtres, en entendant chanter, en entendant parler, en voyant un décor, il se passe tout d'un coup quelque chose, parce que c'est la surprise de leur vie, j'allais dire. Mais oui, c'est une surprise. C'est plus la télé, c'est plus la routine. C'est quelque chose d'extraordinaire. Et de porter du rêve comme ça, de l'extraordinaire, oui, c'est la mission du théâtre.»

Image Stéphane Miquel escape théâtre-

De l'escape théâtre pour résoudre une enquête en ligne

A quelques centaines de mètres de la cour d'immeuble, le théâtre municipal permet à la compagnie, en résidence depuis deux ans, de préparer ses projets. Le plus innovant, imaginé dès le début de la pandémie, est bien l'Escape Théâtre. Dans la salle dont la troupe dispose pour monter ses spectacles, Stéphane Miquel, un des plus anciens membres de la compagnie d’une vingtaine de comédiens, passe beaucoup de temps devant son ordinateur, sur ces représentations numériques dont la première a été créée et jouée, dès le premier confinement :  

«Ça s'appelle Meurtre confiné et on l'a joué d'ailleurs le 5 mai 2020. C'était vraiment en plein confinement et l'intrigue a à voir avec le confinement. C'est une enquête en fait, c'est un jeu. Les spectateurs se connectent en visio. Il y a un meneur de jeu qui est joué par Daniel et qui donne toutes les instructions, comme on peut le voir à l'écran : "Quand l'un d'entre vous veut poser une question, il allume sa caméra et nous savons que c'est lui qui va parler".»

Dans cette pièce, le théâtre du meurtre est un hôtel. Stéphane Miquel joue le rôle du gardien. Et il n'y a pas que des comédiens. Le public, précise-t-il, participe vraiment activement :

«C'est une interaction, c'est à dire que le public est là tout le temps à trouver les suspects qu'ils vont pouvoir interroger en direct. Avec ce projet, nous avons travaillé, pendant la crise, en nous demandant comment reprendre les rênes, comment redevenir actif, à travers l'improvisation, le théâtre de tréteaux. Même si le média est différent, finalement, nous, on a toujours fait du théâtre en direction d'un public populaire, de tous les publics, en cherchant à amener le théâtre là où il ne va pas. Et donc, l'obstacle a généré notre réponse, cette réponse qui est d'inventer une forme qui puisse continuer à faire vibrer les spectateurs.»

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Pour retrouver et écouter le reportage dans son intégralité : https://www.franceculture.fr/emissions/grand-reportage/covid-19-le-spectacle-vivant-dans-tous-ses-etats

Le spectacle vivant dans tous ces états_Grand ReportageFrance Culture
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Les Escape Théâtre_Grand ReportageFrance Culture
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Isabelle Starkier, se réinventer pour résister
Un artcile Scène Web par Vincent Bouquet

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La metteuse en scène et sa compagnie imaginent de nombreuses formes nouvelles, dont des « escape théâtre » à distance, pour faire perdurer l’art théâtral par temps de pandémie.

Depuis un an, Isabelle Starkier et sa compagnie sont en ébullition. Là où certains se sont découragés, épuisés par les différents coups de massue infligés au secteur culturel, la metteuse en scène ne désarme pas et redouble d’inventivité pour faire exister le théâtre là où il peut encore advenir. « Tout est parti de la double sidération ressentie lors du premier confinement, raconte-t-elle. Celle provoquée par le moment, inédit, mais aussi celle due à l’absence de réactivité de beaucoup d’institutions qui, plutôt que d’agir, se sont réfugiées dans une grande plainte collective. » Longtemps adepte du théâtre en appartement, puis du théâtre sous parapluie, celle qui est aussi maître de conférences en études théâtrales à l’université d’Evry a mobilisé les forces vives de sa compagnie pour trouver des formes jouables par temps de pandémie.

En parallèle des représentations en extérieur de Boxing Shadows et Un gros gras grand Gargantua, données l’été dernier au pied de HLM parisiens dans le cadre du festival « Un Eté particulier » organisé par la Ville de Paris, Isabelle Starkier a mis au point des « Chroniques intempestives » pour aller à la rencontre des spectateurs. « On demande à un auteur d’écrire une pastille d’actualité d’une minute et demie, une sorte de commentaire de l’information du jour, traitée de façon burlesque, à la manière des Deschiens, précise-t-elle. Un couple de comédiens de la compagnie se rend ensuite au niveau des files d’attente qui se forment dans l’espace public, devant les boutiques, au pied des immeubles pour jouer cette chronique. Nous ne créons ainsi aucun rassemblement puisqu’il est déjà là. »


Cluédo Géant

Plus novateurs sont les « escape théâtre » que la metteuse en scène propose, à distance, depuis le mois de mai dernier par l’intermédiaire de différentes organisations, villes, universités, comités d’entreprise, théâtres ou médiathèques. Une à deux fois par semaine, en moyenne, elle organise une représentation en direct, via Zoom, d’une durée de 2h30. « L’idée est de s’appuyer sur des classiques comme Dom Juan, La Mouette ou Sunset Boulevard pour écrire un scénario qui nous sert de trame, explique-t-elle. Le public est partie prenante de l’histoire puisqu’il doit interroger les acteurs suspects afin de trouver l’assassin. Les comédiens, de leur côté, alternent entre improvisations contemporaines et passages entiers issus des classiques. Ce n’est, pour moi, ni du jeu théâtral projeté, ni un naturalisme cinématographique. C’est une fabrication du vivant devant le public puisque les acteurs sont constamment en train de jouer à jouer. »

En moins d’un an, la compagnie a déjà inventé cinq « escape théâtre » différents, de Mais qui a (vraiment) tué Don Juan ? à Divine Diva, en passant par Meurtre confiné, Association de Bienfaiteurs et le très récent L’énigme du Lapin Blanc, conçu pour le jeune public à partir du Alice aux pays des merveilles de Lewis Carroll et des dessins de son illustrateur original, John Tenniel. A en croire Isabelle Starkier, chaque représentation réunirait entre 30 et 150 spectateurs, dont beaucoup ne sont jamais venus au théâtre. « C’est l’interactivité proposée par cette nouvelle forme théâtrale qui donne envie à certaines personnes de devenir spectateurs, souligne-t-elle. Ce type d’initiatives peut nous permettre de reconstituer un public de façon plus large, en le faisant se sentir agissant grâce au théâtre. Pour le séduire et le convaincre, pour recréer une demande, qui était déjà en berne avant la pandémie, il faut redoubler d’ingéniosité sur le temps long et faire perdurer ces formes nouvelles au-delà de la crise. » Quitte, d’ailleurs, à basculer, au moins en partie, du distanciel au présentiel le moment venu.

Vincent Bouquet – www.sceneweb.fr

30 avril 2021/par Vincent Bouquet

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Livestream : de « l’escape théâtre » en ligne avec la compagnie Isabelle Starkier
Par Thomas Corlin | le mardi 11 mai 2021 | Diffusion, booking

Théâtre en plein air, « escape théâtre en ligne » : la Compagnie Isabelle Starkier a pu continuer à jouer en dépit des restrictions sanitaires, hors du circuit de diffusion traditionnel. Sa fondatrice détaille une année à naviguer entre des formes parfois créées en pleine crise.

 

Nous réunissons 100 à 150 spectateurs à chaque pièce, dans une soixantaine de fenêtres de jeu selon les situations. C’est la structure qui a acheté la pièce qui gère les inscriptions, et cela se passe ensuite sur Zoom (les comédiens sont chez eux, à quelques rares exceptions, et le public chez soi). Étonnamment, le support permet de restituer une forme d’illusion théâtrale, le public croit réellement en l’existence des personnages - notamment chez ceux qui ne sont pas familiers avec le théâtre.

Nous avons commencé cette formule à la fin du premier confinement, et nous avons tout de suite rencontré un grand intérêt du public. J’ai ainsi pu rémunérer les comédiens grâce à ces créations en ligne dès mai 2020. Nous proposons cinq spectacles différents sous ce format. 

Quelles entités vous ont commandé de l’escape théâtre et à quel prix ?

De nombreuses universités nous en ont acheté (Toulouse, Évry, Limoges), mais aussi des villes (Quincy-sous-Sénart), des médiathèques, des comités d’entreprise et bien sûr des théâtres. Une pièce coute 2 500 euros, mais ce tarif augmente s’il s’agit d’une création. Nous recevons des commandes dans ce sens : certains nous demandent de concevoir un projet entier autour d’une thématique, comme l'écologie récemment. 

 

 

 

 

 

 

 

Quelles autres formes de théâtre votre compagnie a-t-elle pu jouer malgré les restrictions sanitaires ? 

Notre compagnie existe depuis 1985 et joue principalement des pièces conçues pour la boîte noire, donc, comme tout le monde, nous avons connu une grande baisse d’activité. Cependant, certaines des formes que nous jouons, notamment des commandes sur des sujets précis (harcèlement, discrimination, etc) ont pu continuer à tourner dans certains cadres. Les pièces d’escape théâtre sont une nouveauté datant du premier confinement, mais d’autres formes pré-existaient à la crise nous ont aussi permis de tourner, en particulier l'été dernier.

Des petites formes ont circulé dans des lieux plus improbables.

Nous avons par exemple réadapté deux spectacles (Boxing Shadows et Un Gros Grand Gras - Gargantua) pour l’extérieur : nous avons ainsi joué dans des HLM à Villeneuve-Saint-Georges, dans « L'Été Particulier » de la Ville de Paris, un musée à Sens, et nous jouerons au Jardin des Carmes à Avignon. Dans le cas du HLM, cela nous a juste demandé un petit décor, quelques costumes, un peu de vidéo et nous avons pu jouer devant un public de huit enfants, mais aussi pour tout le voisinage qui a ouvert ses fenêtres pour profiter du spectacle. 

Nous avons aussi des petites formes qui ont circulé dans des lieux plus improbables. Nous proposons des « Chroniques Intempestives », de courtes interventions non annoncées de moins de deux minutes, et un centre commercial en Alsace nous en a passé commande. Ainsi nous animions les files d’attente pendant Noël, à la surprise des clients qui se prêtaient au jeu.

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